Leen Van Tichelen

Onder Verzachtende Omstandigheden

2025
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Bonsoir Leen. Mon tex­te com­men­ce à pren­d­re for­me. Ça devient une pure pro­jec­ti­on : de tout ce que je vois dans les œuvres, et de la façon dont je les ai vécues. Une invita­ti­on à la liber­té, pour les spec­ta­teurs. Eux aus­si ont le droit de se trom­per dans leurs inter­préta­ti­ons, tout com­me moi. Merci, Leen, d’avoir créé une œuvre si puis­san­te et libératrice.

Message WhatsApp de Simon Delobel à Leen Van Tichelen, 15.09.2025, 21h49


On s’attend géné­ra­le­ment d’un com­mis­sai­re d’exposition qu’il sache (presque) tout sur l’œuvre qu’il pré­sen­te. Qu’il ait sui­vi de près le pro­ces­sus de cré­a­ti­on, qu’il ait vécu le déve­lop­pe­ment de l’œuvre, qu’il ait eu des con­ver­sa­ti­ons avec l’artiste, et qu’il ait pris le temps de vrai­ment se lais­ser tou­cher par les œuvres. On attend aus­si de lui qu’il tran­smet­te ces con­nais­san­ces dans un tex­te accom­pag­nant l’exposition, com­me gui­de pour le spec­ta­teur. Mais ceci est-il réel­le­ment souhaitable ?

Que se passe‑t‑il quand le com­mis­sai­re « abu­se » de sa posi­ti­on en déci­dant con­sciem­ment de ne pas par­ta­ger une par­tie de ses con­nais­san­ces ? Quand il choi­sit de ne pas don­ner une expli­ca­ti­on com­plè­te, mais de lais­ser par­ler ses pro­p­res pro­jec­ti­ons sur l’œuvre ? Un tel acte peut‑il être per­çu com­me une invita­ti­on fai­te au spec­ta­teur à pen­ser lui‑même, à res­sen­tir, à don­ner du sens ? Existe‑t‑il, dans ce cas, des cir­con­stan­ces atté­nu­an­tes pour le lui pardonner ?

Si je vou­lais vrai­ment vous gui­der, je devrais vous dire que l’artiste gan­toi­se Leen Van Tichelen a uti­li­sé en juil­let et début août le théâ­tre ana­to­mi­que de KIOSK com­me stu­dio pour créer une nou­vel­le œuvre. Qu’elle a ens­ui­te col­la­boré avec la per­for­meu­se Fanny Vandesande, la com­po­si­tri­ce Esther Coorevits et le poè­te Jonas Bruyneel. Qu’une pre­mi­è­re per­for­man­ce a eu lieu le 23 août, et une deuxi­è­me le 17 sep­tem­bre, jour de l’ouverture de cet­te expo­si­ti­on. Et que vous êtes cha­leu­reu­se­ment invité.e à la troi­si­è­me et der­ni­è­re per­for­man­ce, le jour de la fin de l’exposition : le 5 octobre.

Si je vou­lais vrai­ment vous gui­der, je pour­rais dire que Leen Van Tichelen tra­vail­le avec des maté­ri­aux qu’elle trou­ve dans son envi­ron­ne­ment quo­ti­dien. Qu’elle a décou­pé le pla­teau de sa table pour fabri­quer les bâtons que Fanny Vandesande fait vivre pen­dant sa dan­se. Que les plan­ches qui, pen­dant la per­for­man­ce, repo­sent con­tre le mur avant d’être posées au sol, pro­vi­en­nent du jar­din d’un mem­bre de sa famil­le. Le par­ta­ge de ces don­nées — appa­rem­ment anec­do­ti­ques — pour­rait vous offrir une pre­mi­è­re com­pré­hen­si­on de l’économie de la pra­ti­que de Van Tichelen. On pour­rait fai­re réfé­ren­ce à l’étymologie du mot « éco­no­mie » : oiko­nomía, la gesti­on du foy­er. On pour­rait spé­cu­ler sur la rela­ti­on avec la mémoi­re ou avec la noti­on de trans­mis­si­on entre générations.

Mais je pré­fè­re donc par­ler des pen­sées et des asso­ci­a­ti­ons qui me sont venues pen­dant que j’assistais à la per­for­man­ce GROUND ZERO / 51.04536 / 3.71609 le 23 août. Le titre évo­quait quel­que cho­se de sini­stre. GROUND ZERO : le point au sol direc­te­ment sous une explo­si­on. Pour beau­coup d’entre nous, un ter­me indis­so­lub­le­ment asso­cié aux atten­tats du 11 sep­tem­bre 2001 : un trau­ma­tis­me col­lec­tif, un moment où le mon­de sem­blait bas­cu­ler pour toujours.

51.04536 / 3.71609 : les coo­r­don­nées GPS de KIOSK. Comme si l’espace lui‑même était mar­qué com­me cible. Un lieu où quel­que cho­se pour­rait arri­ver. Ou s’était déjà produit. Un endroit où le sol com­men­çait à par­ler. Ce qui se déploy­ait me don­nait l’impression d’être au début d’une apo­ca­lyp­se incon­nue. Pas spec­ta­cu­lai­re ni bru­y­an­te, mais len­te, silen­cieu­se, incar­née. Comme si nous éti­ons témoins d’un mon­de en train de se redes­si­ner. Une étran­ge beau­té, née de l’incertitude.

L’image des plan­ches de bois m’a soud­ain rame­né aux tran­chées de la Première Guerre mon­di­a­le, aux solu­ti­ons impro­vi­sées des sol­dats essayant d’échapper à la boue, au froid, à la mort. Mais j’ai aus­si vu des frag­ments de tran­chées con­tem­po­rai­nes en Ukraine, dans des ima­ges de dro­ne et de repor­ta­ges noc­tur­nes. En voy­ant cer­tains objets inti­tulés HAND TOOL, soig­neu­se­ment alig­nés sur une plan­che dans la sal­le prin­ci­pa­le, j’ai pen­sé à des gre­na­des à main. Petits, tan­gi­bles, char­gés d’une pos­si­ble action.

Comme dans une bibli­o­thè­que, où l’on choi­sit, ouvre et lit des livres, ici j’avais l’impression d’être invi­té à agir moi‑même : à reti­rer les épingles rou­ges et bleu­es du tex­ti­le, à tra­cer des lig­nes. Des lig­nes ? Non : des fron­ti­è­res. Des démar­ca­ti­ons. Des mar­qua­ges. Comme un jeu, ou une mena­ce. L’espace sem­blait soud­ain prêt à être divi­sé. Découpé en mor­ceaux. Et les autres spec­ta­teurs, com­pag­nons de pas­sa­ge dans cet­te choré­grap­hie fra­gi­le, devrai­ent tôt ou tard choi­sir : de quel côté de la fron­ti­è­re se situer ?

Au cen­tre de l’espace : des sacs de sable vio­lets, empi­lés de mani­è­re liné­ai­re et por­tés par une struc­tu­re métal­li­que. De nou­veau, des scé­na­ri­os de guer­re me venai­ent à l’esprit : bar­ri­ca­des, con­struc­ti­ons défen­si­ves, pro­tec­ti­ons impro­vi­sées con­tre une mena­ce immi­nen­te. Mais en même temps, c’était autre cho­se. Un sym­bo­le peut‑être de tous ces murs qui aujourd’hui se dres­sent. Murs de fron­ti­è­re, bar­ri­è­res de béton qui empê­chent la lib­re cir­cu­la­ti­on des per­son­nes entre États-nati­ons. Un mono­li­the. Inflexible. Insupportablement lourd. Apparemment immobile.

Et pour­tant. Au moment où mes pen­sées se rem­plis­sai­ent un instant d’un étin­cel­le d’espoir, j’ai vu autre cho­se : la pos­si­bi­li­té de déman­te­ler cet­te con­struc­ti­on. Sac après sac. Pas seul, mais ensem­ble, avec tous les autres spec­ta­teurs pré­sents dans l’espace. Un acte col­lec­tif. Un déman­tè­le­ment sym­bo­li­que. Ce moment n’est pas arri­vé. L’espace de l’art, et la vul­né­ra­bi­li­té invi­tan­te de l’œuvre, ont été res­pec­tés. Mais l’idée que cela pou­vait être, que la fron­ti­è­re n’est pas abso­lue, est restée.

Peut‑être est‑ce exac­te­ment ce que fait Leen Van Tichelen : ne pas don­ner d’explications, mais ouvrir des espa­ces. Pas des répon­ses, mais des situ­a­ti­ons dans lesquel­les le sens peut len­te­ment, cor­po­rel­le­ment et col­lec­ti­ve­ment se déploy­er. Son tra­vail ne deman­de pas une inter­préta­ti­on, mais de la proxi­mi­té. De la pati­en­ce. De l’attention. Peut‑être que, dans un tel con­tex­te, le com­mis­sai­re d’exposition doit être réser­vé. Moins gui­de, plus témoin. Quelqu’un qui a vu quel­que cho­se se pro­dui­re, et qui n’a pas enco­re assez de mots pour le dire, mais qui essaie quand même de le par­ta­ger, dans l’espoir que quel­que cho­se puis­se être recon­nu. Ou vu. Ce dont je suis cer­tain : dans l’espace que Van Tichelen con­struit, quel­que cho­se per­sis­te. La pos­si­bi­li­té d’un ges­te commun.


© Simon Delobel, 17.09.2025

[NL]

Goedenavond Leen. Mijn tekst begint vorm te krij­gen. Het wordt een pure pro­jec­tie: van alles wat ik zie in de wer­ken, en hoe ik ze erva­ren heb. Een uit­no­di­ging tot vrij­heid, voor de toe­schou­wers. Ook zij mogen zich ver­gis­sen in hun inter­pre­ta­ties, net zoals ik dat doe. Dankjewel, Leen, voor het cre­ë­ren van zo’n krach­tig en bevrij­dend werk.

whats­app bericht van Simon Delobel aan Leen Van Tichelen, 15.09.2025, 21u49


Van een cura­tor wordt door­gaans ver­wacht dat hij (bij­na) alles weet over het werk dat hij pre­sen­teert. Omdat hij het cre­a­tie­pro­ces van dicht­bij heeft gevolgd, de ont­wik­ke­ling van het werk heeft mee­ge­maakt, gesprek­ken heeft gevoerd met de kun­ste­naar, en de tijd heeft geno­men om zich wer­ke­lijk door de wer­ken te laten raken. Er wordt boven­dien van hem ver­wacht dat hij die ken­nis over­draagt in een bege­lei­den­de tekst — als gids voor de toe­schou­wer. Maar of dat wer­ke­lijk wen­se­lijk is, blijft de vraag.

Wat gebeurt er wan­neer de cura­tor zijn posi­tie mis­bruikt’ door bewust een deel van zijn ken­nis niet te delen? Wanneer hij ervoor kiest geen vol­le­di­ge uit­leg te geven, maar zijn eigen pro­jec­ties op het werk te laten spre­ken? Kan zo’n daad wor­den opge­vat als een uit­no­di­ging aan de toe­schou­wer om zélf te den­ken, te voe­len en bete­ke­nis te geven? Zijn er dan ver­zach­ten­de omstan­dig­he­den om hem dat te vergeven?

Als ik u wer­ke­lijk goed zou wil­len bege­lei­den, zou ik u moe­ten ver­tel­len dat de Gentse kun­ste­na­res Leen Van Tichelen tus­sen begin juli en begin augus­tus het Anatomisch Theater van KIOSK als stu­dio gebruik­te om nieuw werk te cre­ë­ren. Dat zij daar­na samen­werk­te met per­for­mer Fanny Vandesande, com­po­nist Esther Coorevits en woord­kun­ste­naar Jonas Bruyneel. Dat er een eer­ste per­for­man­ce plaats­vond op 23 augus­tus, en een twee­de op 17 sep­tem­ber, de dag van de ope­ning van deze ten­toon­stel­ling. En dat u van har­te uit­ge­no­digd bent voor de der­de en laat­ste per­for­man­ce, op de dag van de finis­sa­ge: 5 oktober.

Als ik u wer­ke­lijk goed zou wil­len bege­lei­den, zou ik kun­nen zeg­gen dat Leen Van Tichelen werkt met mate­ri­a­len die ze tegen­komt in haar dage­lijk­se omge­ving. Dat ze haar tafel­blad in stuk­ken zaag­de om de stok­ken te maken die door Fanny Vandesande tot leven wor­den gebracht tij­dens haar dans. Dat de plan­ken die voor de per­for­man­ce tegen de muur leu­nen, en erna op de vloer lig­gen, afkom­stig zijn uit de tuin van een fami­lie­lid. Het delen van deze gege­vens —ogen­schijn­lijk anek­do­tisch — zou u mis­schien een eer­ste inzicht kun­nen bie­den in de eco­no­mie van Van Tichelens prak­tijk. Er zou ver­we­zen kun­nen wor­den naar de ety­mo­lo­gie van het woord eco­no­mie”: oiko­nomía, het beheer van het huis­hou­den. Er zou gespe­cu­leerd kun­nen wor­den over de rela­tie met geheu­gen, met over­dracht, met generaties.

Maar ik ver­tel dus lie­ver over de gedach­ten en asso­ci­a­ties die zich opdron­gen ter­wijl ik de per­for­man­ce GROUND ZERO /51.04536/3.71609 bij­woon­de, op 23 augus­tus. De titel alleen al riep iets onheil­spel­lends op. GROUND ZERO: het punt op de grond recht onder een explo­sie. Voor velen van ons is dat onlos­ma­ke­lijk ver­bon­den met de aan­sla­gen van 11 sep­tem­ber 2001: een col­lec­tief trau­ma, een moment waar­op de wereld voor­goed leek te kantelen.

51.04536÷3.71609: de GPS coör­di­na­ten van KIOSK. Alsof de ruim­te zelf gemar­keerd werd als doel­wit. Een plaats waar iets zou kun­nen gebeu­ren. Of al gebeurd was. Een plek waar de grond zélf begon te spre­ken. Wat zich ont­vouw­de, voel­de als het begin van een onbe­ken­de apo­ca­lyp­se. Niet spec­ta­cu­lair of luid, maar traag, ver­stild, licha­me­lijk. Alsof we getui­ge waren van een wereld die zich­zelf aan het her­te­ke­nen was. Een vreem­de schoon­heid, gebo­ren uit onzekerheid.

Het beeld van de hou­ten plan­ken bracht me plots terug naar de loop­gra­ven van de Eerste Wereldoorlog, naar de geïm­pro­vi­seer­de oplos­sin­gen van sol­da­ten die pro­beer­den te ont­snap­pen aan de mod­der, de kou, de dood. Maar even­goed zag ik flar­den van heden­daag­se loop­gra­ven in Oekraïne, in dro­ne­beel­den en nach­te­lij­ke nieuws­re­por­ta­ges. Bij som­mi­ge objec­ten, geti­teld HAND TOOL en zorg­vul­dig uit­ge­stald op een plank in de hoof­druim­te, moest ik den­ken aan hand­gra­na­ten. Klein, tast­baar, gela­den met moge­lij­ke actie.

Zoals in een bibli­o­theek, waar boe­ken geko­zen, geo­pend en gele­zen kun­nen wor­den, leek het hier als­of ik uit­ge­no­digd werd om zelf aan de slag te gaan: om de rode kop­spel­den uit het tex­tiel te halen, lij­nen te trek­ken. Lijnen? Nee: gren­zen. Scheidslijnen. Markeringen. Als een spel, of een drei­ging. De ruim­te werd plots wat ver­deeld ging wor­den. In stuk­ken gesne­den. En de ande­re toe­schou­wers, mede­pas­san­ten in deze fra­gie­le cho­re­o­gra­fie, zou­den vroeg of laat moe­ten kie­zen: aan wel­ke kant van de grens sta jij?

In het mid­den van de ruim­te: paars­ach­ti­ge zak­ken zand, recht­lij­nig opge­sta­peld en gedra­gen door een meta­len struc­tuur. Wéér kwa­men oorlogsscenario’s in me op: bar­ri­ca­des, ver­de­di­gings­con­struc­ties, geïm­pro­vi­seer­de bescher­ming tegen een nade­ren­de drei­ging. Maar tege­lijk werd het iets anders. Een sym­bool, mis­schien, voor al die muren die van­daag de dag wor­den opge­trok­ken. Grensmuren, beton­nen bar­ri­è­res die de vrije bewe­ging van men­sen tus­sen natie­sta­ten ver­hin­de­ren. Een mono­liet. Onverzettelijk. Onverdraaglijk zwaar. Ogenschijnlijk onbeweegbaar.

En toch. Op het moment dat mijn gedach­ten zich weer met een spran­kel­tje hoop vul­den, zag ik iets anders: de moge­lijk­heid om die con­struc­tie af te bre­ken. Zak per zak. Niet alleen, maar samen, met alle aan­we­zi­gen in de ruim­te. Een col­lec­tie­ve daad. Een sym­bo­lisch ont­man­te­len. Zover kwam het niet. De ruim­te van de kunst, en de uit­no­di­gen­de kwets­baar­heid van het werk, wer­den geres­pec­teerd. Maar het idee dat het kón, dat de grens niet abso­luut is, bleef hangen.

Misschien is dat pre­cies wat Leen Van Tichelen doet: geen ver­kla­rin­gen geven, maar ruim­tes ope­nen. Geen ant­woor­den, maar situ­a­ties cre­ë­ren waar­in bete­ke­nis zich traag, licha­me­lijk en col­lec­tief ont­vouwt. Haar werk vraagt geen inter­pre­ta­tie, maar nabij­heid. Geduld. Aandacht. Misschien moet ook de cura­tor in zo’n con­text terug­hou­dend wor­den. Minder gids, meer getui­ge. Iemand die iets zag gebeu­ren, en er nog niet hele­maal woor­den voor heeft — maar het toch pro­beert te delen, in de hoop dat u iets her­kent. Of iets anders ziet. Wat ik zeker weet: in de ruim­te die Van Tichelen bouwt, zin­dert iets na. De kans op een geza­men­lijk gebaar.

© Simon Delobel, 17.09.2025